mercredi 18 mars 2026

A propos du détroit d'Ormuz

 

A propos du détroit d’Ormuz

                Nous sommes mi-Mars 2026, et l’actualité quotidienne est saturée par la guerre contre l’Iran menée par les USA et Israel ; depuis peu on parle du détroit d’Ormuz ce bras de mer entre l’Iran et les Emirats Arabes Unis, plus précisément l’état de « Ras al-Khaimah », dont la traduction est « sommet de la tente ». Au niveau de la géographie, nous avons un endroit typique du format « détroit » : les terres se rapprochent et les fonds remontent ; pour faire passer de gros pétroliers, il faut faire des couloirs de navigation et mettre en place un système de surveillance des déplacements de tous les bateaux. Le contrôle de ce détroit permet de contrôler les exportations de pétrole des pays du golfe : Iran, Irak, Qatar, Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis, pétrole qui rejoint l’Inde, la Chine et l’Europe.

                Le président des Etats Unis a, dès le début de son deuxième mandat, pris des décisions marquées par des principes claires de géopolitique et les détroits par lesquels passent le commerce issu de la mondialisation. Quoi que l’on pense ou dise sur Donald Trump, il faut prendre conscience que sa politique extérieure intègre au plus haut niveau ces considérations de contrôle des détroits. Une de ces premières décisions fut de reprendre le contrôle du canal de Panama.

                Quelles sont les principaux lieux de passage de ces gros cargos ? Le canal de Panama, le détroit du Pas de Calais, le canal de Suez, le détroit de Malacca et bien sur le détroit d’Ormuz. Les USA contrôlent maintenant Panama, Suez est surveillé de très près par les USA, Pas de Calais est un problème européen, Malacca est vital pour la Chine et le Japon.

                Reste Ormuz, en menaçant de le fermer, que cela soit directement par des mines ou indirectement avec une explosion des primes d’assurance ; les dirigeants iraniens ont voulu faire un banco politico-militaire, avec une pression sur le monde sur le thème « nouvelle crise énergétique mondiale » ; mais cela peut, va aussi donner une justification à tous ceux qui voudraient restaurer le droit international de navigation, et permettre aux pétroliers de passer.

Evidemment, Trump a saisi la balle au bond et a immédiatement déclarer vouloir « sécuriser », ce qui veut dire le contrôler le détroit d’Ormuz. Les USA pourraient autoriser ou non chaque bateau à le traverser selon le « droit » et aussi leurs intérêts. Une seule faille pouvait (aurait pu) affaiblir leur volonté. Il veut revenir aux pays concernés, qui souffrent de ce blocage : la Chine ? Tant mieux pour les USA ! L’inde ? On va lui permettre dans la foulée de continuer à acheter du pétrole russe, mais de manière officielle ! L’Europe ? Que faire ?

Le piège qui a été mis en place est subtil, limpide et assez imparable : leur dire officiellement qu’ils peuvent, via l’Otan, participer à cette sécurisation du détroit d’Ormuz. Comme il était prévisible, les deux puissances européennes supposées être des puissances maritimes se sont retrouvées piégées. Le Royaume-Uni parce qu’il avait déjà pris la décision d’interdire d’utilise ses aéroports militaires pour les bombardiers US au tout début de la guerre, de plus ils ont tellement réduit la voilure de la Royal Navy qu’il ne disposait pas de bateau prêts à partir; et la France qui avait prévu d’envoyer son unique porte-avion vieux de quarante ans en mission humanitaire au large du Liban.

L’Europe s’est donc exclus volontairement de la possibilité de contrôler un détroit vital pour son approvisionnement en pétrole, il fallait le faire. De plus, cela a fait un argument supplémentaire aux USA dans leur discours anti-Otan sur le thème « ils nous appellent au nom de l’Otan pour qu’on les aide, en Ukraine par exemple, mais refusent de nous aider quand nous les appelons ».

De toute manière, une fois le piège efficacement refermé, le discours de Trump est rapidement devenu : de toute manière, nous n’avons pas besoin d’eux ». Vraiment, on avait pas encore l’Europe si aveugle avec une tel erreur de jugement. On verra la suite.

Paris le 18 mars 2026   

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