A propos du détroit d’Ormuz
Nous
sommes mi-Mars 2026, et l’actualité quotidienne est saturée par la guerre
contre l’Iran menée par les USA et Israel ; depuis peu on parle du détroit
d’Ormuz ce bras de mer entre l’Iran et les Emirats Arabes Unis, plus précisément
l’état de « Ras al-Khaimah », dont la traduction est « sommet de
la tente ». Au niveau de la géographie, nous avons un endroit typique du
format « détroit » : les terres se rapprochent et les fonds
remontent ; pour faire passer de gros pétroliers, il faut faire des couloirs
de navigation et mettre en place un système de surveillance des déplacements de
tous les bateaux. Le contrôle de ce détroit permet de contrôler les
exportations de pétrole des pays du golfe : Iran, Irak, Qatar, Arabie Saoudite
et des Emirats Arabes Unis, pétrole qui rejoint l’Inde, la Chine et l’Europe.
Le
président des Etats Unis a, dès le début de son deuxième mandat, pris des
décisions marquées par des principes claires de géopolitique et les
détroits par lesquels passent le commerce issu de la mondialisation. Quoi que
l’on pense ou dise sur Donald Trump, il faut prendre conscience que sa politique
extérieure intègre au plus haut niveau ces considérations de contrôle des
détroits. Une de ces premières décisions fut de reprendre le contrôle du canal
de Panama.
Quelles
sont les principaux lieux de passage de ces gros cargos ? Le canal de
Panama, le détroit du Pas de Calais, le canal de Suez, le détroit de Malacca et
bien sur le détroit d’Ormuz. Les USA contrôlent maintenant Panama, Suez est
surveillé de très près par les USA, Pas de Calais est un problème européen,
Malacca est vital pour la Chine et le Japon.
Reste
Ormuz, en menaçant de le fermer, que cela soit directement par des mines ou
indirectement avec une explosion des primes d’assurance ; les dirigeants
iraniens ont voulu faire un banco politico-militaire, avec une pression sur le
monde sur le thème « nouvelle crise énergétique mondiale » ;
mais cela peut, va aussi donner une justification à tous ceux qui voudraient
restaurer le droit international de navigation, et permettre aux pétroliers de
passer.
Evidemment,
Trump a saisi la balle au bond et a immédiatement déclarer vouloir « sécuriser »,
ce qui veut dire le contrôler le détroit d’Ormuz. Les USA pourraient autoriser
ou non chaque bateau à le traverser selon le « droit » et aussi leurs
intérêts. Une seule faille pouvait (aurait pu) affaiblir leur volonté. Il veut
revenir aux pays concernés, qui souffrent de ce blocage : la Chine ?
Tant mieux pour les USA ! L’inde ? On va lui permettre dans la foulée
de continuer à acheter du pétrole russe, mais de manière officielle ! L’Europe ?
Que faire ?
Le piège qui a
été mis en place est subtil, limpide et assez imparable : leur dire officiellement
qu’ils peuvent, via l’Otan, participer à cette sécurisation du détroit d’Ormuz.
Comme il était prévisible, les deux puissances européennes supposées être des
puissances maritimes se sont retrouvées piégées. Le Royaume-Uni parce qu’il
avait déjà pris la décision d’interdire d’utilise ses aéroports militaires pour
les bombardiers US au tout début de la guerre, de plus ils ont tellement réduit
la voilure de la Royal Navy qu’il ne disposait pas de bateau prêts à
partir; et la France qui avait prévu d’envoyer son unique porte-avion vieux de
quarante ans en mission humanitaire au large du Liban.
L’Europe s’est
donc exclus volontairement de la possibilité de contrôler un détroit vital pour
son approvisionnement en pétrole, il fallait le faire. De plus, cela a fait un
argument supplémentaire aux USA dans leur discours anti-Otan sur le thème « ils
nous appellent au nom de l’Otan pour qu’on les aide, en Ukraine par exemple,
mais refusent de nous aider quand nous les appelons ».
De toute
manière, une fois le piège efficacement refermé, le discours de Trump est
rapidement devenu : de toute manière, nous n’avons pas besoin d’eux ».
Vraiment, on avait pas encore l’Europe si aveugle avec une tel erreur de jugement.
On verra la suite.
Paris le 18 mars
2026